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Les archives au cÅ“ur de la danse : entrevue avec Amélia Lamanque
par Chloé Bélanger St-Germain Dominique Rousseau
[ 30 juin 2011]

La danse est un art qui émeut, une façon gestuelle de transmettre des émotions. Elle exige un apprentissage de connaissances techniques, émotionnelles et des capacités physiques. Quelle place peuvent prendre les archives dans cet apprentissage de la danse ? Est-ce que les danseurs utilisent fréquemment ces archives ? Pour assouvir notre curiosité, nous nous sommes entretenues avec Amélia Lamanque, qui a généreusement accepté de nous parler de sa profession, de sa passion : la danse. Active dans ce domaine depuis qu’elle est toute petite, Amélia est une jeune danseuse de l’École supérieure de ballet contemporain (ESBCM). Elle est membre depuis 2007 du Jeune ballet du Québec, une troupe d’insertion professionnelle crée par l’École, qui l’a amenée à danser dans plusieurs pays du monde.


Question : Utilisez-vous les archives dans votre vie d'étudiante professionnelle ?

Amélia Lamanque  : Oui. Je suis encore aux études, mais ça marche également comme ça dans les compagnies professionnelles. Le chorégraphe vient toujours présenter la chorégraphie au début, mais ne se représente pas par la suite, disons 10 ans plus tard. La vidéo est donc très utile. Si l’on te demande d'apprendre telle section, tu te rends au studio, tu la visionnes, tu fais play, stop, fast forward, bref tu apprends à l’aide de cette vidéo. Au Jeune ballet, c’est comme cela qu'on fonctionne : pas de vidéo, on serait un petit peu mal pris...

Q : Lorsque vos spectacles ou examens sont terminés, vous arrive-t-il de visionner à nouveau la vidéo de votre performance, pour vous améliorer et vous parfaire ?

Amélia Lamanque  : Oui. Tout à fait. On en devient parfois tannant, on sollicite le personnel de la bibliothèque de l'école : "est-ce qu'on a un vidéo de... ? On veut voir de quoi ça l'air". C'est très important de regarder à nouveau ce que ça a donné.

Q : Comment vous préparez-vous avant un spectacle ou un examen ?

Amélia Lamanque  : La vidéo va nous aider à retrouver l'essence d’une chorégraphie, les éléments recherchés initialement par le chorégraphe. Dans le fond, que tu sois dans une compagnie professionnelle ou pas, tu peux préparer la même pièce 5 ou 6 mois à l'avance. Ce n’est pas quelque chose qui se fait une semaine à l'avance, c'est un long travail. Quand on est dans une période de shows, je vais également regarder une semaine avant l’événement les vidéos des années passés, pour m’en imprégner.

Q : À part les vidéos, utilisez-vous d'autres documents d'archives dans le cadre de l'apprentissage de la chorégraphie ?

Amélia Lamanque  : Dans ce contexte là, pas vraiment. La personne importante est le répétiteur ou la répétitrice, parce qu'elle accompagne systématiquement le chorégraphe lors de la création. Elle écoute et prend des notes de ce que le professeur dit.

Dans le fonds les trois ressources indispensables sont : la vidéo, le répétiteur ou la répétitrice et la référence aux anciens étudiants. Quand j'ai participé à Casse-Noisette cette année, il y avait quelques nouveaux : ceux qui avaient déjà fait la pièce enseignaient à ces nouveaux, transmettaient l'information.

Tu peux apprendre sans vidéo, mais c’est difficile. S’il y a un domaine ou le matériel visuel est indispensable, c'est la danse. Pas de vidéo, tu as un petit problème ! Il y existe une technique pour écrire les chorégraphies : la notation de la danse permet ainsi de savoir comment on faisait autrefois un ballet. Lorsque quelqu'un a eu l’idée de filmer le résultat, ça a simplifié l’apprentissage et permis de voir directement le tout.

Q : Parmi les vidéos que vous consultez, vous visualisez ceux de vos prestations. Mais regardez vous aussi les vidéos d'autres étudiants des années antérieures ?

Amélia Lamanque : Oui. Quand on fait une chorégraphie, on va pouvoir regarder une première vidéo, réalisée il y a 5 ans. On va visionner cette séquence, puis regarder ensuite une vidéo plus récente, afin de comparer les deux prestations de la même chorégraphie. Ça permet de se dire : "telle chose a changé, qu'est-ce qui va le mieux ?". La répétitrice a bien entendu son mot à dire.

Q : Est-ce que ça se fait fréquemment ?

Amélia Lamanque : Ça dépend pour quelle pièce. En ce qui me concerne, je parle du Jeune Ballet que j'ai fait. La pièce Troisième souffle avait par exemple été réalisée il y a plusieurs années. Je n'étais pas encore à l'école et j’avais assisté à la présentation. On a donc a pris ce vidéo qui datait d'il y a très longtemps et on l'a comparé au vidéo d'aujourd'hui… C'est différent. Qu'est-ce qui est le mieux entre les deux ? On regarde, on essaie, on conserve un mouvement ou on ne le prend pas.

Q : Vos archives personnelles, est-ce que vous les conservez ? Par exemple, pour faire vos démos ou quand vous allez voir un spectacle, est-ce que vous allez conserver les programmes de spectacles ?

Amélia Lamanque : Ah, ça les programmes je suis une "programme freak" ! À chaque fois qu'on va quelque part, je dis : "je veux un programme !" C'est pour un souvenir, pour mon plaisir personnel. Et puis, en plus je peux dire que j'ai fait tout ça.

Q : Les vidéos, les utilisez-vous aussi pour réaliser vos démos ?

Amélia Lamanque : Oui. On peut conserver chez soi les shows annuels de l'école. Les autres peuvent être consultés sur place (à la bibliothèque de l'école). Et puis, bon c'est sûr qu'au fur et à mesure je vois l'évolution et je me dis : "ah ! Ça va" ou des fois "ça va pas !".

Q : Comment conservez-vous vos archives personnelles ? Sur quels supports conservez-vous vos vidéos ?

Amélia Lamanque : Sur DVD. C'est plus simple. Tu visionnes le DVD et tu peux prendre des notes... Par exemple, pour le spectacle Marie-Antoinette toutes les prestations peuvent aller sur le même DVD, 2007,2008, 2009… Le DVD demeure la meilleure façon de les garder.

Q : Nous parlons de vidéo depuis le début, mais conservez-vous des photographies aussi ?

Amélia Lamanque : Oui, je les conserve également, sur CD. S'il y a un bogue avec ton ordinateur, tu peux tout perdre, c'est pour ça que j'aime tout garder sur CD.

Q ; Et qu'est-ce que l'on voit sur les photos ?

Amélia Lamanque : Ce sont des photos prises tout au long du spectacle de danse par un photographe professionnel. 

Q : En danse, si le spectacle n'est pas filmé, il ne reste plus rien de votre prestation. Est-ce que cela arrive que vous auriez aimé qu'un spectacle soit filmé ou du moins qu'une prise d'images soit faite et que cela n'a pas été fait ?

Amélia Lamanque : Des photos j'en ai quand même beaucoup... En principe, il faut que tout soit filmé. Mais en ce moment, je développe une démo et je me démène pour trouver des extraits de mes prestations : là je n’ai rien ! Parce que durant les prestations, le film a été réalisé pour les éclairages : où sont les danseurs dans tout ça ?

Q : Dans le fond, les vidéos sont ce qui témoigne de vos performances ?

Amélia Lamanque : Oui. Si je désire auditionner à San Francisco pour une compagnie, c’est difficile pour moi d'aller là-bas, avec le coût des billets d'avion, surtout si c’est pour éventuellement me faire dire : "non tu n’est pas assez prête, tu n’es pas ce qu'on recherche". Avec les vidéos, tu peux choisir certains segments, les mettre sur DVD et leur envoyer le tout. Ça te sauve de l'argent et du temps. C'est quelque chose qui devrait être fait le plus souvent possible.

Q : Y a-t-il des choses qui vous inspirent ?

Amélia Lamanque : On a eu des cours d'histoire de la danse avec Vincent Warren que j'ai beaucoup aimés. Cela m'a incité à faire des recherches. Je vais parfois écrire le titre d'un ballet sur Youtube. Je lance la recherche et j’ai accès à tous les vieux films présentés dans le cours. Je cherche ensuite d'autres informations sur le ballet ; qui l'a refait et quand.

Q : Est-ce qu'il y a des danseurs en particulier qui vous inspirent ?

Amélia Lamanque : Pour les danseurs plus récents, je vais souvent me contenter de lire leur biographie. Alors que pour quelqu'un qui dansait il y a plus longtemps, je serai plus portée à vouloir chercher, lire et tout savoir à son sujet.

Q : Est-ce que vous diffusez vos vidéos à vos proches ?

Amélia Lamanque : Je vais présenter mes DVD lors de soirées familiales ou mettre en ligne certaines vidéos en répétition sur Facebook, afin que mes amis puissent les voir.

Q : Y a-t-il une autre plateforme que vous utilisez, ou pourriez utiliser ?

Amélia Lamanque : J’ai déjà utilisé Skyrock, sur skyblock (blogues), mais plus maintenant. Je devrais développer une page Web. Mon amie en possède une, comportant sa biographie, son CV, quelques vidéos… C’est un bon outil de visibilité. 

Note :
Ce texte a été originalement produit à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, de l’Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV1056 – Diffusion, communication et exploitation, donné au trimestre d’hiver 2011 par Monsieur Yvon Lemay.

 

 

Pour citer ce texte

 Chloé Bélanger St-Germain et Dominique Rousseau « Les archives au cœur de la danse » Entrevue avec Amélia Lamanque, Entrevues, Archives au présent. Magazine en ligne des archivistes du Québec. http ://http://www.archivistes.qc.ca/-Archi...

 

 

 

 

 





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